Le blog d’Antoine Planchot

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17 août 2026

# Carnet de voyage autour de la Baltique

Comme le titre le laisse entendre, il s’agit de notes de voyages prises au jour le jour pendant mes vacances. Je ne garantis pas une aventure passionante (peu probable), mais contrairement aux soirées diapositives de l’ancien temps vous êtes libres de partir à tout moment.

1er août, dans un train entre Francfort et Hambourg

Paris Est 9:06 — Frankfurt (Main) Hbf 13:16

Frankfurt (Main) Hbf 13:46 — Hamburg Hbf 17:29

Hamburg Hauptbahnof

Mes vacances seront un tour. Un « tour de la mer Baltique » avais-je fini par résumer à ceux qui me demandaient quelles étaient mes plans pour l’été. Au départ de Paris, trajet en train jusqu’en Suède, traversée en ferry jusqu’à Helsinki, puis re-traversée jusqu’à Tallinn. Sauts de puce ferroviaires dans les pays baltes jusqu’à rejoindre Varsovie, puis retour en France avec une dernière étape en Allemagne. L’affaire de deux semaines.

En disant que je vais faire un tour, je fais mien le dicton qui valorise le voyage par rapport à la destination. Ma destination, ce n’est finalement que mon point de départ qui se confond avec mon point d’arrivée. Ce qui donne sa forme au voyage, c’est d’abord son tracé sur la carte.

Alors que je m’y préparais, je me disais aussi que j’avais finalement fait le choix de ne conserver que la partie la plus stressante des vacances. En effet, l’estivant moyen aura tendance à se préoccuper de la logistique du transport, des pauses pipi sur l’autoroute, des clefs de la location à récupérer avant 18 heures… pour mieux pouvoir « se poser » une fois ces épreuves passées et profiter enfin (et il a bien raison). Rien de cela ici, à peine « posé », il faudra se lever pour repartir et s’inquiéter de sa prochaine correspondance menacée par un retard croissant, voire un « Zug fällt aus » lapidaire sur les écrans nerveux de votre Hauptbahnof de passage.

Le défi de cette modalité de voyage est donc de parvenir à profiter tout de même de ses vacances. Réussir malgré tout à « se poser », à apprécier l’endroit où on vient de débarquer, même pour une courte escale et sans se préoccuper des problèmes qui pourront survenir demain. Une fanfare locale qui joue des airs folkloriques, un verre en terrasse, une trempette à la plage ou quelques vieilles pierres : les objectifs du voyage seront atteints dans ces moments-là.

Je recherchais depuis quelques temps un moyen de garder une trace de ces « périples occasionnels », les quelques photos prises se perdant généralement dans un flot continu au fond d’un téléphone pour ne jamais être vues, quelques chanceuses surnageant en étant imprimées dans l’édition mensuelle du Famileo. Après avoir hésité avec la vidéo, façon vlogueur, j’ai opté pour le « carnet de voyage », genre que je maîtrise finalement assez peu. Vous me pardonnerez si je tombe dans quelques lieux communs.

J’opte pour une forme « journal de bord », dont je conclue ainsi la première entrée.

2 août, dans un train entre Tinglev et Malmö

ZOB Hamburg 8:55 — Tinglev 11:15 (bus)

Tinglev 12:50 — Malmö C 16:30

L’Øresund depuis Malmö

Je me suis réveillé à ce matin à Hambourg, où j’étais arrivé la veille. C’était le jour de la marche des fiertés, avec une tonalité forcément particulière une semaine après l’attentat à Berlin lors du même événement. L’ambiance était néanmoins festive et familiale, avec force bannières colorées, tenues excentriques et scènes musicales. J’apprécie assez de tomber sur des événements locaux en voyage, que ce soit des manifestations politiques ou des fêtes de quartier. Cela permet de « vivre » un peu plus l’endroit. J’espère que les touristes qui croisent des cortèges syndicaux à Paris mesurent leur chance de vivre une expérience bien plus authentique que les Champs-Élysées ou la Tour Eiffel.

J’étais déjà passé (brièvement) à Hambourg auparavant et je n’avais pas l’ambition (ni le temps) d’une excursion complète. Je me suis promené dans le centre autour de la Rathaus, où j’ai profité de la musique des festivités, et dans les allées du Hamburger Dom, la fête foraine au Heiligengeistfeld (j’arrête avec les mots allemands). Pas de manège me concernant, juste la bonne ambiance de foire avec beaucoup de monde, des attractions qui attrapent le bide rien qu’en voyant les gens se faire balancer dans tous les sens et une direction artistique assumée qui fait fi des lois sur la propriété intellectuelle.

J’évoquais hier la complexité logistique d’un tel itinéraire, il se trouve que j’avais été informé il y a quelques jours qu’en raison de travaux sur les voies au nord de Hambourg, mon train pour Malmö allait être remplacé par un bus sur une partie du trajet et que nous arriverions avec une heure de retard. Après avoir blâmé toutes les compagnies ferroviaires d’Allemagne et de Scandinavie, il m’a fallu réviser mes plans. En effet, j’allais rater ma correspondance pour Stockholm et tous les trains suivants étaient pleins. En outre, j’ai commencé à m’inquiéter irrationnellement pour le fameux bus : je craignais qu’il ne se présente pas, que je ne le trouve pas, qu’il soit plein… que tout mon voyage « déraille » à partir de là, dès le jour 2.

Finalement, alors que je me présentais ce matin avec 50 minutes d’attente à la gare routière, je fus accueilli par une signalétique claire, trois bus spécialement affrétés se présentant promptement, pour un embarquement rapide et sans encombre et un transfert en train dans les temps annoncés. Je m’excuse solennellement auprès de Snälltåget pour avoir douté d’eux. Ce soir, arrêt à Malmö ; demain matin, direction Stockholm.

Quelques enseignements pêle-mêle sur la gestion de l’imprévu et son anticipation (orientés Interrail) :

3 août, sur la mer entre Stockholm et Helsinki

Malmö C 7:07 — Stockholm C 11:35

Stockholm, Stadsgården 16:00 — ...

Vue de Beckhomen et de Djurgården par un hublot du MS Viking Cinderella

Il n’était pas dans mes plans initiaux de m’arrêter à Malmö, mais l’embrouillamini causé par le retard m’avait conduit à y prévoir un arrêt pour la nuit. Le voyageur ferroviaire peut avoir tendance à regarder de haut Malmö, sa gare pouvant faire figure d’annexe suédoise à celle de Copenhague, juste de l’autre côté de l’Øresund à une trentaine de minutes. En outre, les alentours de la gare donnent essentiellement à montrer quelques canaux bordés par un mélange architecturale baroque d’immeubles de bureaux cubiques et de vieux bâtiments en briques sans grand signe distinctif.

Cependant, en s’éloignant un petit peu de la gare, on arrive au Slöttsgården, un réseau de jardins partagés longeant des canaux où la promenade est très agréable. En poussant un peu la marche, on parvient à la plage de Malmö qui permet d’apercevoir l’ombre de Copenhague au loin. En continuant sur les quais de la ville, on trouve de l’animation avec des restaurants et une piste de danse au bord de l’eau tandis que le soleil se couche à l’horizon. Les couleurs du ciel sont magnifiques.

Le réveil a sonné très tôt ce matin pour rejoindre (enfin) Stockholm. La nuit fut courte, perturbée par le stress du train que je ne devais surtout pas rater et l’angoisse d’une perturbation technique m’empêchant d’arriver à destination (j’en deviens paranoïaque). C’est donc naturellement que je suis encore arrivé avec 50 minutes d’avance à la gare et que le train est évidemment parti et arrivé exactement à l’heure annoncée. Les paysages le long de la route donnent à voir beaucoup de forêts et quelques lacs.

J’avais déjà exploré substantiellement Stockholm l’année passée, je n’étais donc pas trop chagriné d’y passer un temps restreint avant d’embarquer en milieu d’après-midi pour la Finlande. Le ferry pour Helsinki constituait pour moi une étape importante du voyage, comme s’il allait enfin réellement commencer ici. Après avoir tracé ma route jusqu’à Stockholm sans m’attarder sur des sentiers déjà parcourus, j’allais ici entrer dans l’inconnu.

Ma première impression du ferry depuis le quai fut marquée par sa grandeur. Alors que j’associais jusqu’ici mentalement le mot « ferry » à une modeste navette nautique pour aller d’un point A à un point B, façon ligne de bus, je me rendais compte qu’évidemment le navire se rapprochait plutôt du paquebot (voyez plutôt) (le terme technique semble être « ferry de croisière », écoutez, je n’y connais rien). Sur le moment, des doutes m’assaillirent : Ne valais-je donc pas mieux que ces retraités dans les reportages de M6 qui partent en vacances sur la méditerranée, contribuant au surtourisme à chaque escale et faisant couler un peu plus Venise chaque jour ? Était-ce bien la peine de faire le malin à prendre le train si c’est pour finir dans un immeuble flottant moins écoresponsable que n’importe quel vol low cost ?

Satisfait néanmoins d’avoir atteint ce jalon du parcours, j’ai décidé de remettre à plus tard l’analyse de mes contradictions d’occidental écoanxieux. Le premier tiers du trajet environ fut consacré à sortir de l’archipel de Stockholm. Cette partie est absolument bucolique, longeant de multiples îles de toutes tailles, recouvertes chacune d’une petite forêt et d’une poignée de maisons, faisant rêver d’une cabane dans les bois pour des retraites au vert. C’est là, sur le pont de ce gros bateau qui pollue, après plusieurs jours à angoisser devant des horaires de train, que j’ai vraiment ressenti le premier souffle de sérénité.

Les gros navires de ce type ont un aspect ludique. On se plaît à chercher les accès cachés, chacun des recoins des douze étages paraît receler une quête secondaire, entre le « Nightclub », l’espace pour enfants ou le casino (et oui…). L’agitation permanente causée par tous les passagers qui errent (comme je le fais moi-même) peut cependant devenir épuisante à la longue, les espaces calmes étant rares en dehors des cabines. Au hasard d’un détour, je suis tombé sur un bar karaoké. Me sentant ambassadeur de la francophonie, j’ai gratifié l’assemblée de Je ne suis pas un héros de Daniel Balavoine, qui rencontra un succès d’estime. Je poursuivis plus tard avec L’Été indien et Au bout de mes rêves, mais la soirée avançant et le bar se vidant, la magie n’opérait plus. Je retiens néanmoins deux découvertes musicales : Alla Flickor de Linda Bengtzing (lien YouTube), chanson pop suédoise interprétée par un duo de jeunes femmes survoltées, et Pariiseja du groupe Souvarit autour du chanteur Lasse Hoikka, chanson finnoise un peu kitsch sur Paris interprété par deux lurons probablement alcoolisés (lien YouTube).

Mon téléphone m’informe que nous entrons en Finlande et que le fuseau horaire change, on avance d’une heure. Par le hublot, la nuit est tombée. Les îles d’Åland font une apparition lors d’un arrêt bref. Il va être temps de se coucher.

4 août, dans une chambre d’hôtel à Helsinki

... — Helsinki, Katajanokka 9:15 (ferry)

Entrée du musée des beaux-arts de Helsinki

Il a (encore) fallu mettre un réveil ce matin pour débarquer. La zone portuaire n’est pas d’un charme fou, mais après quelques minutes de marche j’arrive dans le cœur de ville. Une fois le sac à dos largué, je démarre assez vite la visite au gré des listes d’attractions touristiques sur Internet, des hasards de la déambulation et de ce qui m’attire l’œil sur Google Maps. La cathédrale luthérienne, toute blanche au sommet d’un escalier que la perspective fait ressembler à un mur, est effectivement saisissante. Construite au milieu du XIXe siècle, son architecture peut cependant laisser dubitatif un habitué des cathédrales catholiques. L’intérieur est relativement petit par rapport à ce que parait promettre l’extérieur et les ornements sont réduits au strict minimum. Dessous, la crypte n’accueille aucune sépulture.

La bibliothèque centrale d’Helsinki « Oodi » m’a fait forte impression avec son étage dédié à la création, mettant à disposition (en vrac) des instruments de musique, des logiciels de conception graphique, des machines à coudre, des imprimantes 3D, des salles de réunion, des studios d’enregistrement… Un panneau indique « Les espaces de jeu et les studios sont accessibles uniquement avec une carte de bibliothèque. Pas encore de carte ? Pas de problème, vous n’avez qu’à déménager en Finlande ». L’étage des livres évidemment ne déçoit pas, avec des rayonnages nombreux sur un large plateau et une baie vitrée offrant une vue panoramique de la ville. Au rez-de-chaussée enfin, un coin cafétéria permet de bien manger pour pas trop cher.

Je suis ressorti jaloux de ce bâtiment qui offre un si large panel de services, combinant médiathèque, ludothèque, espace de travail partagé, « fab lab », cantine… et en même temps permet aussi de simplement venir et de se poser, que ce soit pour lire, être sur ton téléphone, ne rien faire ou même dormir. Le service public ultime. Dans la foulée, j’ai enchaîné avec le musée d’art de l’Ateneum pour rendre hommage aux grands noms de la peinture finlandaise : Akseli Gallen-Kallela, Eero Nelimarkka, Albert Edelfelt… tous les cadors.

Pour finir la journée, j’ai été piqué une tête à la plage de Hietaniemi. Comme partout, c’est froid au début mais une fois qu’on est dedans ça va. Au retour, un passage par le sauna de l’hôtel, histoire de bien tout transpirer comme il faut. Après un temps, la tête commence à tourner au ralenti. Une douche froide et ça va mieux.

5 août, toujours à Helsinki

Détail du monument à Jean Sibelius

Alors que le « tour » marque une pause le temps de l’arrêt à Helsinki, je ne m’arrête pas pour autant de bouger dans tous les sens. En effet, le temps sur place est contraint, donc il faut le remplir. Mais à quel point ? Je me suis réveillé ce matin avec les pieds endoloris à force d’enchaîner les journées à plus de 15 000 pas dans des chaussures qui commencent à s’user sévèrement. Ma bonne conscience me dit de profiter du temps sur place au maximum et de repartir arpenter les rues à la poursuite des « incontournables », mais une autre part de moi aurait bien été zoner à la plage ou à la bibli.

On pourrait certes me faire remarquer que ce n’est pas la peine d’aller aussi loin quand on a des envies aussi simples à satisfaire mais si je ne peux même pas me faire en plaisir en vacances à quoi bon ? Je n’aurais de toute façon pas le temps de voir tout ce qu’il y a à voir, donc autant en laisser de côté pour avoir une bonne raison de revenir. Je coupe la poire en deux : le matin, l’église Temppeliaukio creusée dans la roche et le parc Sibelius avec son monument au compositeur éponyme en forme d’orgue. Une pause à midi pour le « meilleur bagel de Finlande », puis rédaction de cartes postales à la bibliothèque et plage.

À la plage il y a une famille française à côté de moi. J’ai l’impression de porter un terrible secret en taisant ma francophonie. Pas de mot déplacé de leur part, mais à un moment la mère désigne discrètement à sa tribu un groupe dans l’eau : « c’est des Français ! » leur chuchote-t-elle. En effet, les éclats de voix ne trompent pas. Mon sentiment d’être un agent double est à son paroxysme, mais en bon agent secret je maintiens ma couverture.

Je clos la journée avec une petite course. Je passe par le parc central de Helsinki (Helsingin keskuspuisto, New York n’a rien inventé). Ma route croise plus tard celle d’un robot de livraison autonome qui attend au passage piéton. J’ai encore mal aux pieds et demain il va falloir se remettre en route.

6 août, entre Helsinki et Tallinn

Helsinki, Katajanokka 11:30 — Tallinn, Vanasadam 14:00 (ferry)

Un vieux camion soviétique

La fatigue me percute un peu soudainement alors que j’attends pour embarquer dans le ferry. Il va falloir que je fasse du zèle sur mes heures de sommeil. Je parviens tout de même à profiter du spectacle maritime au début de la traversée du golfe de Finlande. En voyant les mouettes (les goélands ?) nous suivre, je pense à Éric Cantonna. Le bateau est peu ou prou similaire à celui de la traversée depuis Stockholm. J’avale un déjeuner, je m’installe quelques instants dans un canapé sur le pont battu par les vents, avant de trouver un espace animé par un groupe de reprises puis une mascotte pour enfants mi-félin mi-rongeur. Quelle vie cela doit être, artiste en croisière.

Un SMS, mon opérateur téléphonique me souhaite la bienvenue en Estonie.

7 août, dans une chambre d’hôtel à Tallinn

Exposition « Kromaatiline triiv » de Kristi Kongi au Kumu

Une fois débarqué, j’ai filé à l’hôtel pour taper ma meilleure sieste. La visite attendra. En fin d’après-midi, je pars déambuler dans la vieille ville. Celle-ci a du charme et on ne manque pas de nous rappeler à chaque coin de rue son inscription à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. On sent que l’endroit est complètement dédié aux touristes, Tallinn paraissant être pour le reste une ville moderne avec notamment un tramway récent et de nombreux chantiers d’immeubles de bureaux. Pour le repas du soir, je me laisse piéger par un attrape-touristes sur la place de l’hôtel de ville à la faveur d’avis positifs sur Google Maps : le service est aux fraises, la nourriture convenable et les prix indignes. Les images générées par IA sur le menu auraient dû m’alerter.

Le lendemain, je traîne un peu au lit et me fixe un programme modeste avec en objectif principal le Kumu, le musée d’art. Ce dernier propose des œuvres d’artistes estoniens à partir du XVIIIe siècle jusqu’à nos jours. Une section est dédiée à l’art pendant la période soviétique et une autre à l’époque contemporaine avec des installations plus ou moins psychédéliques. J’ai dû rester au moins un quart d’heure à regarder un dessin animé en mauvaise 3D figurant les rêves de l’artiste, façon Skibidi Toilet. J’ai déambulé ensuite dans le parc autour du château de Kadriorg, jusqu’à rejoindre la côte et un petit bras de plage (pas de baignade, et un panneau semblait décourager de marcher même sur le sable en raison d’un grand nombre de « bactéries intestinales ») (revue de presse).

Ce soir, j’ai opté pour un « repas confort » avec un hot dog volumineux à Telliskivi, qui paraît être le quartier un peu branché de la ville, avec galeries d’art et restaurants « street food ». Les frites avaient un goût de gentrification.

8 août, entre Tallinn et Riga

Tallinn 10:51 — Valga 14:18

Valga 14:28 — Rīga Pasažieru 16:47

Monument au danseur de ballet Māris Rūdolfs Liepa dans le parc Bastejkalns

La gare de Tallinn n’est pas très grande, avec huit voies, un départ toutes les 10 à 15 minutes et un bâtiment voyageurs entièrement constitué d’un Burger King. Quelque soit la destination, les trains sont semblables à des TER, sur un seul étage avec l’équivalent de trois rames. Il y a néanmoins de la place pour tout le monde. Quelques minutes avant de monter à bord, j’ai un éclair de lucidité et vais m’acheter un sandwich. J’en veux à LTG Link qui m’a vendu un siège réservé alors que les places ne sont pas numérotées. Un changement de train est nécessaire à Valga, juste avant la frontière avec la Lettonie, le temps de changer également de transporteur (au revoir Elron, bonjour Vivi). Il n’y a qu’à traverser le quai, l’opération est pliée en moins de dix minutes.

Alors que le voyage est (à peu près) à sa moitié, je tire des premiers enseignements. Déjà, c’est fatigant. Voyager est fatiguant et visiter une ville est fatiguant, d’autant plus quand on y reste peu de temps et qu’on souhaite en tirer de la substance. Faute de moments pour « me poser », j’ai du mal à me détendre et à profiter, inquiet de « mal visiter » et soucieux de la prochaine connexion. Sans abandonner le train, le prochain voyage sera certainement avec une destination unique.

J’ai aimé Helsinki, et probablement retournerai-je en Finlande. Les îles autour d’Helsinki mériteront une excursion, de même que le nord du pays. D’une manière générale, il me faudra approfondir les pays nordiques. Tallinn m’a paru « bien mais sans plus » et je redoute de repartir avec le même sentiment de chacune des capitales baltes.

Sans encore dire que je suis pressé d’en finir, j’accueillerai en tout cas favorablement le moment du retour. Je ne suis pas mécontent d’avoir entamé ce carnet de voyage, que je parviens à mettre à jour quotidiennement. Le mélange des choses vues avec les choses ressenties paraît pertinent, à voir s’il intéressera quelqu’un d’autre.

9 août, à l’hôtel à Riga

Vue de Riga depuis la tour de l’Église Saint-Pierre

La gare de Riga est bien plus imposante que celle de Tallinn. La vieille ville me fait également une plutôt meilleure impression, mon analyse de terrain me conduisant à penser que l’absence de remparts tend à atténuer la frontière entre la zone purement touristique et le reste de la ville. Au-delà du centre historique, la voiture occupe une place prépondérante, rendant les déplacements à pied plutôt pénibles. Les infrastructures paraissent en outre un peu usées au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre, avec quelques nids de poule et des bâtiments un peu défraîchis.

Je consacre ma journée de visite notamment à l’église Saint-Pierre de Riga. L’intérieur est un peu dépouillé mais l’emphase est mise sur la tour du clocher qui permet une vue à 360° sur la ville. L’accès se fait uniquement par un ascenseur qu’il faut prendre en haut d’une volée de marches. L’accès aux personnes à mobilité réduite, et je ne suis pas certain de comment se ferait l’évacuation en cas d’incendie. On s’en pose des questions des fois. Ah oui, j’allais oublier, la vue est sympa.

Je passe également du temps au musée de l’occupation de la Lettonie, qui raconte comment la Lettonie (et les pays baltes) se sont fait successivement envahir et occuper à partir de 1940 par les Soviétiques, les Nazis, puis encore les Soviétiques jusqu’en 1990. L’épisode paraît très marquant pour les Lettons, qui insiste beaucoup sur l’atteinte à leur souveraineté et la continuité de jure de leur État depuis leur première déclaration d’indépendance en 1918. Le musée est très riche en informations et en documents, mais sa muséographie est un peu oppressante avec de nombreuses projections lumineuses et des enregistrements sonores en toile de fond en permanence.

Un peu partout, je note que la langue russe est très présente. C’est souvent le deuxième langage sur beaucoup d’affichages, les menus des restaurants par exemple. En me documentant, les Russes (au sens ethnique) occupent une part importante de la population municipale, quoiqu’en baisse (38 % en 2015). Les églises orthodoxes sont des lieux importants à ce titre, les Lettons étant plutôt majoritairement protestants. Le temps me manque pour une analyse sociologique complète, mais cela n’empêche pas les drapeaux ukrainiens de se montrer un peu partout.

Alors que j’écris ces mots, la télévision de ma chambre fonctionne en fond. J’ai mis Nickelodeon. Je note que les dessins animés et les séries ne sont pas doublés comme en France, mais traduits avec une voix en surimposition à la façon des documentaires d’Arte où on entend l’anglais faiblement sous la voix de traduction. Cela ne m’empêche pas d’apprécier les épisodes d’iCarly.

10 août, entre Riga et Vilnius

Rīga Pasažieru 16:55 — Vilnius 21:33

Le parc Daugava, au bord de la Daugava

Mon train ne part pas avant la fin de l’après-midi, j’ai donc encore du temps à tuer à Riga. J’en profite pour aller à la cathédrale (protestante). Ses vitraux valaient bien le détour, ainsi qu’un vieux cloître adjacent où je retrouve une part de sérénité. Les églises protestantes ont peut-être encore des choses à offrir après tout. Je me dirige ensuite vers le fleuve dont je commence à longer le quai. Je parviens par hasard à un petit coin herbeux trop mignon avec une modeste bande de plage, encadré d’une part par un pont autoroutier et d’autre part par un concessionnaire automobile. Pas de baignade mais parfait pour une pause.

Je ne sais pas trop quoi penser de Riga, j’ai l’impression d’avoir tourné en rond dans la vieille ville (charmante au demeurant). J’y ai tout de même senti une profondeur historique plus importante qu’à Tallinn. La ville semblait présenter également plus « d’aspérités » (comprendre, du bitume abîmé). Elle gagnerait aussi à prévoir quelques aménagements cyclables.

Je prends mon train sans soucis, il s’agit en fait de la suite de la ligne qui m’avait déjà conduit de Tallinn à ici. Lors d’un arrêt à la gare de Jelgava, j’aperçois des wagons-citernes avec des inscriptions en cyrillique (en russe ?). J’ai l’impression d’être reporter de guerre en Ukraine, peut-être qu’un scandale se joue sous mes yeux.

J’ouvre une parenthèse sur les consignes en gare. Depuis le début du trajet j’ai fait un usage intensif des casiers pour déposer ses bagages, à Stockholm, Helsinki et Riga. Leur existence me paraît maintenant acquise, mais je me rends compte que je ne sais même pas si cela existe en France. Je n’en ai en tout cas jamais eu l’usage, et je ne saurais pas où les trouver à la gare Montparnasse (par exemple) (s’il y en a).

Il pleut.

11 août, dans ma chambre à Vilnius

Vue de la chapelle Saint-Casimir à l’intérieur de la cathédrale de Vilnius

J’adorerais faire un titre un peu stylé, du type « à la terrasse d’un café à Saint-Pétersbourg » en mode écrivain bohème, mais je ne peux pas vous mentir. Je laisse mon ordi dans ma chambre quand je sors, cela fait déjà lourd dans le sac à dos entre le Kway et les biscuits pour le goûter, on ne va pas s’encombrer pour rien. Donc là c’est le soir et je suis allongé sur le lit avec l’ordi sur le ventre.

J’ai bien dormi, bonne literie. Dommage que la salle du petit-déjeuner soit trop petite, ça aurait été un sans faute sinon (anecdote, alors que j’attendais ce matin avec mon assiette de viennoiseries à la main qu’une table se libère, un type à l’accent italien m’a dit « c’est là qu’on voit la différence entre Européens et Américains, les Américains ils laissent leur table quand il voit des gens attendre » et je n’ai pas su quoi lui dire). Détail cool, la salle de bain de ma chambre a une porte de douche. Ça paraît aller de soi en le disant comme ça, mais dans les hôtels à Tallinn et à Riga il n’y avait pas de porte à la douche dans la salle de bain. C’est bien gentil de faire des douches à l’italienne, mais rien qu’un rideau ça évite de foutre de l’eau partout.

Les capitales baltes se suivent et se ressemblent un peu, donc ÉVIDEMMENT le centre historique est inscrit à la liste du patrimoine de l’UNESCO. La comparaison est inévitable, chaque ville ayant ses spécificités (et ça serait bien dommage de faire le déplacement aussi loin pour se rendre compte qu’en fait il s’agit de trois pays identiques qu’on a raison de confondre depuis tout ce temps). À ce titre, Vilnius est très sympathique, me donnant l’impression d’un endroit agréable à vivre. J’ai eu un petit coup de cœur pour le quartier d’Užupis, autoproclamé république autonome avec sa constitution affichée sur les murs (vraiment en plein dans mes hobbys) et ses artistes hors cadres (beaucoup de street art un peu partout à Vilnius).

Curiosité : Sur une des places principales il y avait un « Portal », un grand écran circulaire avec une webcam qui diffuse le flux en direct d’autres villes ailleurs dans le monde (le site du projet). L’occasion de se faire « coucou » à distance, ce qui est rigolo. Ou « 6-7 » si vous avez huit ans et demi.

12 août… dans la chambre… à Varsovie

Vilnius 6:27 — Mockova 8:52

Mockova 9:05 — Warszawa Centralna 13:03

Un train au petit matin en gare de Vilnius

Est-ce que c’est une heure ? A-t-on vraiment idée ? Le voyage a été long, d’autant plus qu’il faut prendre en compte la traversée d’un fuseau horaire. Tu pensais qu’il était 9 heures ? Eh ben non, il est toujours 8 heures en fait. C’est quand même terrible : à l’aller ça m’emmerdait de perdre une heure de sommeil, et au retour ça m’emmerde de gagner une heure de trajet. Il faudrait en tenir compte pour les changements d’heure et déplacer les passages à l’heure d’été à 14 heures un lundi.

Alors que j’avais retrouvé du poil de la bête à l’issue de mes quelques jours dans les pays baltes, me voilà revenu au fond du seau. J’ai péniblement somnolé dans le train mais c’était bien insuffisant et je n’étais pas frais du tout à l’arrivée. En attendant de pouvoir récupérer ma chambre, je me suis échoué dans une chaîne de burgers quelconque dans un centre commercial à proximité (non content d’avoir atteint mon minimum en énergie, j’avais également terriblement faim). Une fois dans ma chambre, petit coma peu efficace sur le lit avant d’aller traîner dehors. J’ai vaillamment snobé l’éclipse, mais je pense que j’étais à la limite de la zone touchée, le soleil s’étant couché peu après 20 heures.

Varsovie ne m’a pas fait un effet de dingue pour l’insant, je suis assez frappé par la quantité d’immeubles modernes et de pubs partout. J’ai fini par tomber sur un coin sympa au bord du fleuve et quelques rues commerçantes, mais ça ne suffit pas à faire un monde. J’attends de voir le centre historique (vous n’allez jamais me croire, mais l’UNESCO…).

13 août, toujours à l’hôtel

Un reste du mur du ghetto de Varsovie au rez-de-chaussée d’une tour de bureau

Par soucis de transparence : je suis sorti de ma chambre d’hôtel entre hier et aujourd’hui. Il se trouve simplement que j’y suis revenu. Pour écrire ces lignes. Et dormir. J’ai très bien dormi d’ailleurs.

Varsovie, Varsovie, Varsovie… Difficile à saisir. J’ai passé les premiers moments de la matinée à slalomer entre les gratte-ciel pour trouver quelques restes de l’ancien mur du ghetto. Il y en a, mais on sent qu’ils sont à un ravalement de façade de disparaître. Il faut dire que la ville a été largement rasée pendant la Seconde guerre mondiale (à 85 % ai-je lu) et cela n’a pas dû faire partie des priorités à sauver (on le comprend aisément). Je l’impression que la relation entre la ville et ce vestige est le même qu’entre Berlin et son mur : on a conservé quelques pans pour la mémoire mais on ne va pas les mettre sous cloche non plus. Et l’ancien tracé est indiqué au sol.

Je me suis dirigé ensuite vers la « vieille ville » (Stare Miasto), largement reconstruite après la guerre. C’est certainement le quartier le plus agréable de la ville pour la promenade (et c’est là que se trouve tous les touristes) (dont je suis) mais l’impression d’être dans un décor peut être forte. Les pavés ont remplacé le bitume sur les routes, il y a des statues des grands hommes (surtout des hommes) un peu partout et les bâtiments ont gagné en décorum. Il y a même quelques églises « de l’époque ».

Je me suis ensuite dirigé vers le parc Łazienki, l’espace vert principal, en remontant la Voie royale qui passe notamment devant le palais présidentiel et le parlement. Le parc est fort sympathique, avec notamment une importante population d’écureuils et de paons. Où que ce soit, un espace vert un peu sympa peut complètement me faire adhérer à une ville.

14 août, devinez où

Aigle en céramique dans la galerie Wettyn du palais royal

J’ai été courir au réveil. J’ai suivi le premier trajet recommandé par Strava au départ de l’hôtel, c’était un parcours très urbain (comprendre « bétonné ») et assez peu scénique (à part à un moment où il y avait un petite passerelle sympa au dessus de la Vistule). Après deux semaines à faire plus 20 000 pas par jour, vous ne serez pas étonnés d’apprendre que j’ai boité tout le reste de la journée (gros malin va).

Le matin j’ai été au palais royal de Varsovie (largement reconstruit) qui valait bien le détour. J’ai été un peu étonné au moment de prendre mon billet, on m’a demandé de choisir entre la Museum Route et la Royal Route, présentant chacune des pièces différentes du château. Quitte à payer mon ticket, autant tout voir… J’ai opté pour la première, promettant un passage par les chambres parlementaires, notamment le Sénat où a été signé la Constitution du 3 mai 1791. Vous connaissez mon goût pour les constitutions et le travail parlementaire, on l’a déjà évoqué ici.

J’ai envisagé brièvement de truander pour repartir en visite après avoir fini mon tour « muséal » pour voir la version « royale » mais j’avais faim (et j’avais mal aux pieds, souvenez-vous). Ce sera pour une autre fois. J’ai donc été déjeuner, j’ai fait tous les plats traditionnels d’un coup avec une soupe żurek servie dans un bol en pain et une assiette de pierogi (des genres de raviolis) (je n’ai pas encore décidé comment gérer de manière cohérente les pluriels des noms étrangers).

Pour l’après-midi j’ai relancé mon application de Geocaching pour me laisser guider un peu au hasard dans le centre-ville. J’ai fait une belle série, en validant une petite dizaine. Belle pêche. Cela permet de découvrir des coins sympas qu’on aurait pu ignorer autrement. Demain, on repart sur la route. Il va encore falloir se lever tôt, le bout du chemin est proche. Vivement que je reprenne le travail pour pouvoir me reposer.

15 août, entre Berlin et Hanovre

Warzawa Centralna 7:00 — Frankfurt (Oder) 11:09

Frankfurt (Oder) 11:35 — Berlin Hbf 13:30 (bus)

Berlin Hbf 14:47 — Hannover Hbf 16:28

Le (nouvel) hôtel de ville de Hanovre

Le scénario commence à être connu. Réveil matinal, coup de barre monumental, déficit énergétique abyssal. En arrivant à la gare de Varsovie, je m’étonne : le train annonce comme destination Berlin. Mais alors pourquoi ai-je prévu dans mon itinéraire un changement à Francfort-sur-l’Oder ? (À ne pas confondre avec l’autre Francfort plus connu que nous avons déjà croisé au début de notre itinéraire, mais qui est sur le Main celui là.) La réponse me viendra bien vite, la dernière partie est assurée par un bus de remplacement. Constatant cela lors de la planificaiton j’avais anticipé en prévoyant un itinéraire alternatif en train (je vous renvoie à mes angoisses existentielles sur les bus de remplacement que nous avons déjà évoquées) (je suis content que ce carnet fasse émerger des thématiques récurrentes, ds arcs narratifs se créent naturellement).

N’écoutant que mon courage, je me suis laissé embarquer dans le bus de remplacement, histoire d’en finir une fois pour toutes avec mes traumatismes. L’expérience fut somme toute satisfaisante, les bus arrivant promptement et le trajet se déroulant sans accroc.

Je souhaite par ailleurs me plaindre de la première classe dans les trains polonais. Nous étions dans un compartiment de six sièges, en disposition 3-3 se faisant face, avec un embryon de tablette à une extrémité. Les fauteuils étaient certes confortables avec un bon repose-tête, mais cette agencement des sièges et l’absence de tablette est rédhibitoire. Même dans les TER les sièges ont une tablette, même dans le bus de remplacement j’avais une tablette. Les sièges face à face brouillent les pistes de l’espace dévolu à chaque voyageur (d’autant plus en l’absence de tablette) et la position des jambes peut faire l’objet de tensions et de frustrations. Dans la hiérarchie des éléments de confort que j’attends dans un train, la disposition des sièges et la tablette passe avant le service du café à la place et le confort de l’appui-tête.

Aujourd’hui est la dernière escale du parcours, à Hanovre (attention, un seul N en français mais deux en allemand). Le choix de cette étape s’est fait un peu au feeling, même si je n’y passerai qu’une nuit avant de m’engager pour la dernière ligne droite. Je compte en profiter pour au moins faire un petit tour du centre ville (est-il inscrit à l’UNESCO ? le suspense est à son total). Demain viendra sûrement le temps du bilan (calmement), même si j’ai encore un peu la tête dans le guidon. Les deux semaines furent denses, il me faudra sûrement un peu de temps.

16 août, entre Francfort et Paris

Hannover Hbf 13:53 — Frankfurt Hbf 16:14

Frankfurt Hbf 16:55 — Paris Est 20:42

Is this home?

Bien, cette fois je crois qu’on y est. Je ne suis pas encore à la maison au moment d’écrire ces lignes mais je vois mal ce qui m’empêchera de dormir dans mon lit ce soir, pas même un tronc sur les voies et un dernier bus de remplacement.

J’ai eu un peu de temps pour jeter un œil à Hanovre hier soir et ce matin. Le centre ville est essentiellement commerçant avec quelques rues piétonnes, ce qui est sympathique mais pas renversant non plus. En poussant plus loin on tombe sur le « nouvel » hôtel de ville, construit en 1913. Il est entouré d’un parc avec un plan d’eau dans lequel se reflète le bâtiment qui est lui-même très impressionant, ce qui donne immédiatement beaucoup de cachet. Dans les sites notables, il faut également noter la Aegidienkirche, une église bombardée pendant la guerre dont il ne reste plus que les murs.

J’ai eu peu de temps pour explorer, mais Hanovre m’a fait l’impresison d’une ville peu touristique mais néanmoins active. La gare était pleine de monde, il y avait des manifestations dans le centre-ville et j’ai vu beaucoup de supporters du Hannover 96 (et de policiers…) ce matin dans les rues pour un match (l’équipe joue en deuxième division). Mon hôtel était par ailleurs top niveau avec une cabine de douche musicale. Immédiatement meilleure douche de ma vie, je regrette de n’être resté qu’une nuit.

Alors qu’on touche à la fin, je suis content. Content de rentrer et content de l’avoir fait. Difficile de dire ce que j’en retiens dans l’immédiat tant les étapes se sont enchaînées très vite. Mon niveau de stress a été plutôt en décroissant, avec les complications autour du trajet de Hambourg à Stockholm, puis la détente une fois à bord du ferry. La gestion de la fatigue n’a pas toujours été évidente avec les journées de visite très actives et les journées de voyage épuisantes, d’autant plus quand le départ est tôt et qu’il y a une correspondance à assurer.

S’agissant des destinations, je pense que mon tiercé dans l’ordre des capitales baltes va du sud au nord. Vilnius a beaucoup de caractère et m’a paru plutôt « authentique » par rapport aux deux autres dont le centre m’a semblé complètement dédié aux touristes. En Pologne, Varsovie m’aura moins séduit que ne l’avait Cracovie. La faute aux grands immeubles un peu moches et à la reconstruction très marquée « années 50 » par endroits, qui fait un peu patchwork à côté des reconstitutions historiques.

Helsinki, enfin, était très plaisante, alors que ce n’est pas particulièrement une « belle ville » au sens commun des grandes capitales d’Europe de l’ouest. J’y ai passé trop peu de temps pour l’apprécier complètement (c’est vrai de toutes les villes du trajet, qui subissent toutes un jugement un peu hâtif de ma part) donc la ville méritera que j’y retourne, de même que la Finlande, de même que la Scandinavie d’une façon générale (le saviez-vous ? au sens premier, la Finlande ne fait pas partie de la Scandinavie qui n’inclut que le Danemark, la Suède et la Norvège). À un rythme plus détendu, en prenant le temps. J’avais failli prévoir une étape à Tampere lors de la préparation, rien que la vue satellite ayant suffi à me donner envie (je veux me baigner dans ces lacs) (et j’ai l’impression qu’une nouvelle voie s’est ouverte pour justifier d’y retourner).

Je continue d’entretenir ma relation amicale avec l’Allemagne, dont j’escompte bien maîtriser la langue un jour. Le pays est quasiment immanquable depuis la France dès qu’on part vert l’est, ce n’est donc qu’un au revoir. Dommage que son réseau ferré soit toujours si plein de surprises (mais n’est-ce pas ce qui fait son charme ?). Où que je me trouve, j’apprécie la « vibe » du pays qui me donne l’impression d’être assez agréable à vivre et finalement assez détendu, assez loin de l’image qu’on prête généralement aux Allemands.

Si on prend un peu plus de recul, je me rends compte qu’un tel itinéraire était assez ambiteux par rapport au temps alloué. Le nombre d’étapes auraient dû être réduits et le temps passé sur place rallongé, mais cela aurait imposé des choix, donc des sacrifices. Ces aperçus très rapides m’auront au moins aidé à me faire une idée synthétique de chaque lieu, très dépendante aussi de la façon dont j’ai occupé ce temps quand j’y étais. Si j’avais été voir tel musée plutôt que tel parc, ou visiter tel quartier plutôt que tel autre, ou si j’avais occupé ces quelques heures à une promenade en bâteau plutôt que sur la plage, sûrement que ma perception en aurait été changée. Mais c’est le lot du voyage.

Je n’en sors pas dégoûté du voyage ferroviaire, au contraire. Sur l’ensemble de l’itinéraire j’ai eu deux trajets perturbés (en Allemagne…). Il est en outre assez satisfaisant de se dire que toute cette route on l’a faite « au sol » et qu’on a donc quasiment physiquement « avaler » tous ces kilomètres, plutôt que de les survoler littéralement par simple tour de passe passe aéronautique. À refaire, peut-être devrais-je me laisser plus de libertés pour adapter ma route, rester plus longtemps à un endroit ou au contraire abréger un séjour. Cela risque cependant d’ajouter du stress logistique dont j’ai essayé de me défaire en planifiant tout avant. La période estivale se prête peut-être également moins à ce genre d’exercice en raison de la demande accrue.

Si on prend encore plus de recul, je suis content d’avoir tenu ce journal de bord qui m’a un peu forcé à prendre de la hauteur sur ce que je faisais et ce que je vivais, même si ce n’est que pour écrire trois paragraphes dans un état semi-comateux. Je pourrai en outre diriger vers cet article toute personne me demandant comment se sont passé mes congés : je ne pourrai pas être plus complet que ce que j’ai écrit ici.

Pour un bilan statistique :

Il va être temps de mettre un point final à ce tour, félicitations si vous êtes arrivés jusqu’ici.